Théorie : où l'on commence à ne plus comprendre, et à douter de la pertinence de certain parallèle

"Le bruit et l'odeur" : une expression au passé récent déjà chargé, puisque ce fut par ces mots que Jacques Chirac caractérisa la présence des Maghrébins dans les logements sociaux, et le titre choisi pour son deuxième album par le groupe Zebda. C'est qu'on a donné à la musique bien des formes, du langage, forcément universel, comme tout ce que l'on comprend malgré les langages, aux couleurs, parfois liées aux formes ou remplacées par elles, comme la ligne plus ou moins brisée quand elle représente l'improvisation dans la tête de l'instrumentiste. Oui, bien des formes, mais pas celle de l'odeur. L'odeur, qui modifie ce qui la suit, qui s'attache à tel lieu ou à telle situation, qui joue sur les souvenirs, qui est perçue différemment selon les gens, bref, qui participe de ce qu'on appelle communément l'ambiance. Quand ça sent mauvais, il ne sert à rien d'écraser sur son nez délicat son mouchoir immaculé. C'est comme quand il fait noir : il ne sert à rien d'allumer une lampe. Ce sont là de pauvres expédients, qui transforment la situation pour autant qu'ils sont utilisés. Il faut attendre et s'habituer. Et ça sent finalement moins mauvais. Et l'on se retrouve à écouter du rap et de la techno en continu. C'est une question d'immersion. De nos jours, elle est biaisée, il est vrai, par le matraquage médiatique qui fait que l'on se prend à aimer un morceau avant même de l'avoir écouté, ou peu s'en faut. Comme s'il était dans l'air. Comme un parfum, aussi entêtant qu'un refrain. La musique, c'est de l'odeur.

NF
Tempo n° 1 (novembre-décembre 2003).


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