Jamie Cullum
Catching tales
Octobre 2005
www.jamiecullum.com

Paddy Milner
Walking on eggshells
Juillet 2005
www.paddymilner.com


Je propose en toute simplicité d'organiser un concert que je qualifierais modestement d'idéal : Jamie Cullum en première partie, Paddy Milner en pièce de résistance. D'abord, il n'y a pas assez de premières parties dans les concerts jazz, la faute aux pros, qui refusent tout net de voir leur public chéri d'acheteurs se tirer à l'entracte, et qui rechignent clairement à se faire rogner le bifteck par des amateurs dont on se demande ce qu'ils foutent dans la vie pour avoir le temps de pourrir le métier des autres. Ensuite, les djeunes font globalement de la merde, trop occupés qu'ils sont à organiser leur samedi soir ou à se croire en représentation permanente, mais là, pour le coup, ce n'est pas le cas. Avant toute chose, on garantira aux consommateurs de reggae qu'Our day will come est de Jamie, dans l'idée qu'ils arrêtent leurs téléchargements deux minutes, et de fumer si possible, puis on renverra les vieux de la vieille à l'Unsquare dance de Paddy, histoire d'éviter de se battre tout de suite pour un siège dans le bus, et de se plaindre qu'il n'y a plus de jeunesse. Partant de là, on s'offrira une petite comparaison des deux pianistes/chanteurs qui commencera par une remarque pertinente (Jamie est meilleur chanteur que pianiste, Paddy meilleur pianiste que chanteur), et qui se poursuivra par une série de dualismes bien trouvés (funky/boogie, confortable/énergique, réglé/construit), le tout pour finir sur une apothéose rhétorique : ce jazz-là, c'est celui qu'on n'aurait pas eu honte de jouer dans sa cave ou dans son garage, quand les autres tapaient sous la ceinture, à coups de double pédale attireuse de chevelures et de guitare rock tombeuse de pétasses, ce jazz-là, c'est du jazz basket, du jazz pop, du jazz voulu, du jazz jeune quoi. A ce stade, on pourra même donner dans l'objectif sérieux en ajoutant un avis balancé, calibre cerise sur le gâteau : ce que font Jamie et Paddy, ce n'est pas toujours novateur, mais c'est toujours neuf (ça ne veut pas dire grand chose, je le reconnais, mais ça refroidira bien quelques instants les rois de la paille dans l'œil du voisin). Après, il ne reste plus qu'à se mettre d'accord sur une date, mais vite, parce que le risque, c'est qu'avec le temps, on s'assagisse, on se répète, on se trouve grand parce qu'on l'a été (et que trop de monde aime, ce qui n'est jamais bon signe), bref que le jazz jeune prenne un coup de vieux, ou tourne à la variété, ce qui serait tomber bien bas, et revenir en arrière, c'est-à-dire aux djeunes qui vivent d'amour et de Star Ac'.

NF
Tempo n° 9 (janvier-février-mars 2006).


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