Je propose en toute simplicité d'organiser un concert que
je qualifierais modestement d'idéal : Jamie Cullum en première
partie, Paddy Milner en pièce de résistance. D'abord,
il n'y a pas assez de premières parties dans les concerts
jazz, la faute aux pros, qui refusent tout net de voir leur public
chéri d'acheteurs se tirer à l'entracte, et qui rechignent
clairement à se faire rogner le bifteck par des amateurs
dont on se demande ce qu'ils foutent dans la vie pour avoir le temps
de pourrir le métier des autres. Ensuite, les djeunes font
globalement de la merde, trop occupés qu'ils sont à
organiser leur samedi soir ou à se croire en représentation
permanente, mais là, pour le coup, ce n'est pas le cas. Avant
toute chose, on garantira aux consommateurs de reggae qu'Our day will come
est de Jamie, dans l'idée qu'ils arrêtent leurs téléchargements
deux minutes, et de fumer si possible, puis on renverra les vieux
de la vieille à l'Unsquare dance de Paddy, histoire d'éviter de se battre tout
de suite pour un siège dans le bus, et de se plaindre qu'il
n'y a plus de jeunesse. Partant de là, on s'offrira une petite
comparaison des deux pianistes/chanteurs qui commencera par une
remarque pertinente (Jamie est meilleur chanteur que pianiste, Paddy
meilleur pianiste que chanteur), et qui se poursuivra par une série
de dualismes bien trouvés (funky/boogie, confortable/énergique,
réglé/construit), le tout pour finir sur une apothéose
rhétorique : ce jazz-là, c'est celui qu'on n'aurait
pas eu honte de jouer dans sa cave ou dans son garage, quand les
autres tapaient sous la ceinture, à coups de double pédale
attireuse de chevelures et de guitare rock tombeuse de pétasses,
ce jazz-là, c'est du jazz basket, du jazz pop, du jazz voulu,
du jazz jeune quoi. A ce stade, on pourra même donner dans
l'objectif sérieux en ajoutant un avis balancé, calibre
cerise sur le gâteau : ce que font Jamie et Paddy, ce n'est
pas toujours novateur, mais c'est toujours neuf (ça ne veut
pas dire grand chose, je le reconnais, mais ça refroidira
bien quelques instants les rois de la paille dans l'œil du voisin).
Après, il ne reste plus qu'à se mettre d'accord sur
une date, mais vite, parce que le risque, c'est qu'avec le temps,
on s'assagisse, on se répète, on se trouve grand parce
qu'on l'a été (et que trop de monde aime, ce qui n'est
jamais bon signe), bref que le jazz jeune prenne un coup de vieux,
ou tourne à la variété, ce qui serait tomber
bien bas, et revenir en arrière, c'est-à-dire aux
djeunes qui vivent d'amour et de Star Ac'.
|